Il y a quelques minutes, Lilian Arnold se trouvait dans la fromagerie Simplon, occupée à la production de fromage, de yogourt, de lait et de beurre. La voilà maintenant qui hisse sur son épaule une planche en bois chargée de deux meules de raclette. Après avoir ajusté sa charge, elle se dirige vers la famille Gerold. Meinrad (45 ans), Rosmarie (44 ans), Chiara (12 ans), Raphael (10 ans) et Samuel (7 ans) attendent la responsable de la fromagerie au milieu d’une pâture. Chiara Gerold lui adresse un sourire, puis se tourne vers la vache à ses côtés et lui dit: «Calanda, il y a aussi de ton lait dans ce fromage.» Elle caresse affectueusement l’animal. Celui-ci, comme pour lui donner raison, renâcle, baisse la tête et commence à humer l’herbe grasse du pâturage.
Le quotidien professionnel des Gerold et de Lilian Arnold est intimement lié: celle-ci transforme le lait que la famille – qui compte parmi les sept exploitations agricoles de la région – livre chaque jour à la fromagerie. «La boucle est bouclée: le produit fini revient là où tout a commencé», explique la responsable de 40 ans. Et d’ajouter: «C’est ce que j’aime dans mon travail. On fabrique une spécialité régionale.» La fromagerie Simplon transforme jusqu’à 850 000 litres de lait par an. Environ 60% de cette quantité est destinée à la fabrication du fromage à raclette. Aujourd’hui, les activités sont réparties sur trois étages dans un bâtiment vétuste. Cela devrait être simplifié à l’avenir. La coopérative planifie en effet la construction d’un nouveau bâtiment, dont l’ouverture est prévue au printemps 2028. Le projet bénéficie du soutien du Parrainage Coop pour les régions de montagne. «Mon équipe et moi nous réjouissons de pouvoir travailler sur un seul niveau. Nous disposerons de davantage d’espace et d’installations plus modernes, ce qui nous permettra d’être plus efficaces.»
≪Ce projet, c’est notre avenir≫
La responsable de la fromagerie n’est pas la seule à voir cela d’un bon oeil. Meinrad Gerold partage également cet optimisme: «Ce projet, c’est notre avenir, et il nous permettra de maintenir la qualité élevée de nos produits», dit-il. Ayant grandi dans le milieu agricole, il a repris l’exploitation de ses parents en 2010 et s’occupe aujourd’hui de 25 vaches et 15 jeunes bovins. Pour Meinrad Gerold, l’échange direct et étroit avec la fromagerie, et donc avec Lilian Arnold, est indispensable. «C’est ce qui fait la force de notre coopérative. Nous sommes très soudés: tout le monde sait que nous n’y arriverons qu’en travaillant main dans la main.»
De precieux echanges
Avant le déménagement vers la nouvelle fromagerie, le rythme habituel suit son cours. La famille Gerold passera ainsi l’été à l’alpage. «C’est toujours un moment fort, aussi bien pour les enfants que pour nous», confie Rosmarie Gerold. De son côté, Lilian Arnold se consacre avec passion aux spécialités laitières, ce qui implique notamment d’entretenir le contact avec les agriculteurs. « Ces rencontres sont une part essentielle de mon travail et ces échanges sont précieux pour nous tous», dit-elle. Puis elle s’agenouille, pose la planche en bois sur ses jambes et explique avec le sourire à Chiara, Raphael et Samuel Gerold comment le lait de Calanda est devenu du fromage à raclette. Une manière de perpétuer l’histoire de cette coopérative laitière, comme c’est le cas depuis 1883.
Texte Rabea Brantschen Photos Andrea Soltermann